Quand la misogynie s’invite dans le sport…

Vous l’aurez peut-être remarqué ces derniers temps, de nombreux Tumblr, blogs, portant, entre autres, le nom de « Paye ton… », « Paye ta… » envahissent le web. Leur but ? Dénoncer le sexisme présent au sein de beaucoup trop de professions ou domaines. « Paye ta robe » chez les avocat.e.s, « Paye ta blouse » chez les médecins ou encore « Paye ton sport » dans le domaine sportif. Ce dernier, créé par des étudiant.e.s en master genre et sport, a pour but premier celui de lutter contre le sexisme et les inégalités femmes-hommes dans le monde du sport, en récoltant des témoignages d’hommes et de femmes victimes et/ou témoins de sexisme. Car oui, la misogynie et le sexisme sont encore très (trop!) présents dans le milieu sportif.

paye-ton-sport

Même si les femmes sont de plus en plus présentes dans le panorama sportif, cela n’empêche en rien les réflexions misogynes, sexistes et les marques de discriminations. Les témoignages affluent sur « Paye ton sport » et ils sont tout aussi désolants les uns que les autres : « Mon prof de sport appelle toutes les filles ‘ma belle’ mais il appelle les garçons par leurs prénoms », « (En badminton), le double mixte c’est du simple homme avec un handicap en plus », « Pour les équipes, on fait les bons d’un côté, les filles de l’autre », « vous vous êtes faits battre par une fille, vous n’avez pas honte ? » … Tant de petites phrases, que certain.e.s considèrent comme anodines ou encore comme de simples blagues, mais qui en réalité sont blessantes et continuent d’alimenter de vieux stéréotypes. Ces exemples ont lieu pour la plupart dans un cadre « privé » mais le sexisme et les réflexions misogynes dans le sport de haut niveau existent aussi et sont, eux, relayés dans la sphère publique à travers les médias et les réseaux sociaux. Rappelons-nous, par exemple, lorsqu’en 2014, Helena Costa avait été annoncée pour entraîner le Clermont Foot, une équipe masculine. Des critiques insultantes et s’acharnant à la rabaisser avaient fleuries de partout, scandant qu’une femme était incapable de diriger un groupe d’hommes ou encore que le monde du foot n’était pas fait pour les femmes. Et lorsque cette dernière a finalement refusé le poste pour des désaccords internes avec le club, une avalanche de commentaires sexistes, misogynes et d’insultes ont envahi, notamment, les réseaux sociaux. « Début des soldes », « coups de tête des femmes », « c’est bien une femme… », « toutes des lâcheuses… », « elle a ses règles »… Autant de propos inacceptables qui ne sont malheureusement pas des cas isolés. Deux ans après, les mentalités n’ont visiblement pas évolué dans le monde du football. La preuve par la récente nomination de Nathalie Boy de La Tour à la présidence de la Ligue de Football Professionnel. On aurait pu se réjouir de ce timide début de féminisation du milieu mais c’était sans compter sur les commentaires haineux et dégradants d’internautes misogynes : « Encore une qui est passée sous les bureaux », « Qui va garder les gosses? », « C’est bien ça… si des fois il y a des verres à laver après l’apéro » et tant d’autres…

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Banderole misogyne déployée le 28/01/2017 lors du match OL/Bastia…

Le milieu du football n’est malheureusement pas le seul. Les jeux olympiques de cet été nous l’ont bien prouvé et la France n’était pas non plus le seul pays en compétition dans la catégorie « Sexisme à Rio ». On retiendra qu’au-delà de la faible présence médiatique des sportives en comparaison à leurs homologues masculins, ces dernières étaient très souvent comparées à eux, comme s’il leur était impossible d’exister par elles-mêmes. En second lieu, on notera que leur physique avait bien plus d’importance que leur performance sportive, à l’image de Fabien Galthié qui a jugé utile, lors d’un match de rugby, de préciser que « les françaises sont beaucoup plus jolies, beaucoup plus féminines que les américaines ». Pas mieux du côté italien, lorsque des médias titrent un article sur trois archères: « le trio des petites grosses » ou qu’une gymnaste mexicaine reçoit de vives critiques et insultes sur son poids, qui ne correspond visiblement pas aux normes de cette discipline. En handball aussi, la gardienne angolaise a été victime de critiques et de moqueries, notamment avec un tweet écoeurant sur son poids, de la part d’un journal sportif espagnol. Exit les critiques sur le physique et place aux mérites attribués aux hommes lors d’une victoire féminine. C’est ainsi que lorsque la nageuse Katinka Hosszu a remporté une médaille d’or, les médias se sont davantage intéressés à son coach (et mari) plutôt qu’à elle et une chaîne de télé a même été jusqu’à le filmer lui à la fin de l’épreuve alors que la nageuse venait tout juste de terminer sa course et était en train de célébrer, les bras en l’air, sa victoire dans le bassin. Tout comme le Chicago Tribune qui, au lieu de féliciter directement la tireuse Corey Cogdell en mentionnant son nom, a préféré se contenter d’un « la femme de… » (son mari étant un joueur des Chicago Bears).

Tous ces exemples ne sont qu’une infime minorité de tout ce qu’on peut entendre ou lire au quotidien mais alors que notre société tend à atteindre une égalité entre les femmes et les hommes, de tels propos sont inacceptables. Et finalement, on ne peut que constater que si les inégalités perdurent dans le monde du sport, cela est en grande partie dû aux clichés et à la misogynie qui ne semblent pas vouloir s’essouffler, d’où l’importance de continuer à les pointer du doigt et à les dénoncer. Les médias ont également un rôle très important à jouer et, en tant qu’ « image publique », ils se doivent de montrer l’exemple et de ne pas se laisser aller aux-mêmes à de telles marques de sexisme et de veiller à modérer, sur les réseaux sociaux et sur le web, les commentaires dégradants et offensants de leurs internautes, afin de ne pas laisser la porte ouverte aux insultes et aux stéréotypes misogynes.

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